Chroniques sincères, rarement méchantes et souvent pleines de digressions de livres ados et enfants (principalement). J'adore recevoir du courrier par mail et par commentaires ! Et je suis un peu trop présente sur Facebook...
Une couverture qui prend tout son sens en lisant le livre...
Présentation de l'éditeur
"Nous avions connu des siècles de grandeur, de fortune et de pouvoir. Des temps héroïques où nos usines produisaient à plein régime, et où nos richesses débordaient de nos maisons.
Mais un jour, les vents tournèrent, emportant avec eux nos anciennes gloires. Une époque nouvelle commença. Sans rêve, sans désir.
Nous ne vivions plus qu'à moitié, lorsque Bo entra, un matin d'hiver, dans la salle des machines."
Folle amoureuse de Bo, l'étranger, Hama est contrainte de fuir avec lui. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers des territoires inconnus. Leur amour survivra-t-il à cette épreuve ? Parviendront-ils un jour à trouver leur place dans ce monde ?
Mon avis
Indescriptible. Voilà le premier mot qui me vient à l'esprit pour parler de Tant que nous sommes vivants.
Si vous cherchez quelque chose de nouveau, ce roman apportera un vent de fraîcheur à votre bibliothèque. Par contre, cette histoire est parfois si sombre qu'il ne faut pas la réserver pour des moments de coup de blues.
Il y a une histoire d'amour qui le rend intemporel, mais à mille lieues de celles auxquelles j'étais habituée à lire. Une telle intensité entre Hama et Bo la place un cran au-dessus de beaucoup d'autres. Si, comme je vous l'ai déjà dit, ce roman est à éviter quand on n'a pas le moral, c'est bien parce que cette histoire a de merveilleux hauts mais aussi des bas profonds qui, en fait, la rendent tellement plus plausible et humaine que ce livre est d'autant plus puissant. C'est l'amour dans ce qu'il y a de plus lumineux et de plus sombre.
Mais ce qui se dégage surtout de ce texte est une très grande poésie. Tant que nous sommes vivants est une fable de nos jours. On reconnaîtra dans la catastrophe qui frappe l'usine et la guerre sur la presqu'île des thématiques très actuelles. Et pourtant, l'ambiance est assez désuète et profondément nostalgique. En fait, ce roman est hors du temps et impossible à situer aussi bien géographiquement que sur la carte des genres littéraires.
Si ce roman est aussi indescriptible c'est également parce qu'il est plein de contradictions et de contrastes, jusque dans les titres des chapitres. Entre ce réalisme presque fataliste et une certaine magie, il remue tous les sens du lecteur et retourne ses habitudes sans dessus-dessous.
Au niveau de l'écriture, les décors de l'action et les atmosphères s'en dégageant sont palpables grâce à la plume à la fois précise et pleine d'émotions d'Anne-Laure Bondoux.
La narration mérite un paragraphe à elle tout seule. Le récit démarre à la première personne du... pluriel. Ensuite, on revient au singulier. Vous comprendrez pourquoi en le lisant. Quand la forme est au service du fond, ça fait des étincelles.
Chose importante pour moi, ce roman m'a surprise, c'est à dire que je ne m'attendais jamais à ce qui suivait. La narration oscille entre pensées intimes et phrases qui semblent détachées, extérieures à ce qu'il se passe, comme une narration des souvenirs d'un autre (vous comprendrez pourquoi en lisant...). Ce contraste fait que certaines phrases, d'une catégorie ou de l'autre, frappent forcément en plein cœur. Pourtant, ce n'est pas un roman à suspense au départ. Mais en ne visant aucun genre particulier, l'auteur a créé un roman singulier.
Malgré tous ces points positifs, il faudra pourtant accepter de rester sur sa "fin". Et pourtant, en un sens, la boucle est bouclée. Comment envisager une autre conclusion ? Le roman continue de toute façon après lecture en poursuivant le lecteur qui ne lira peut-être plus rien de pareil.
J'ai beau dire que ce livre est atypique, pour être honnête, il m'a rappelé Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Je me demande donc s'il a vraiment un sens que beaucoup n'ont pas trouvé. Je ne déroge pas, j'ai du mal à mettre le doigt sur le message de l'auteur. J'ai l'impression que cela a un lien avec la phrase "Faut-il toujours perdre une part de soi pour que la vie continue?" , toutefois ça reste assez flou, et ça ne me plaît pas à 100%... mais ça fait partie du charme du livre. En tout cas, je peux vous dire qu'il s'agit d'un excellent roman sur la vie et sur l'amour qui continue tant que nous sommes vivants, peu importe comment.
Mon ressenti
8,75/10
Tant que nous sommes vivants, d'Anne-Laure Bondoux, éditions Gallimard Jeunesse (17€)
Sortie le 15 septembre.
